Arts décoratifs du Maroc
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Un art à part entière

A Fès, Meknès et Marrakech, il est fréquent d'entendre affirmer qu'une oeuvre en bois n'est achevée que lorsqu'elle est peinte. A Marrakech, cette soif de couleurs se porte même sur les gebs (plâtre sculpté).
Le zouaq, ou peinture sur bois, reste un des caractères les plus affirmés de l'artisanat architectural au Maroc. Les zawwaqa (ou peintres) finissent par acquérir une dextérité étonnante dans l'exécution des thèmes géometriques ou floraux.
Il faut voir les zawwaqa manier les couleurs de leur arc-en ciel pour comprendre que l'on est en présence des descendants des enlumineurs anciens. C'est le même rite dans la composition, la même solomnité. Papadopoulo ne dit-il pas : "Ce monde autonome est tout entier coloré et on peut dire que tous les artistes de la peinture musulmane sont des coloristes exceptionnels"

Les procédés

Jadis, seule la peinture minérale en poudre était employée.On la mélangeait avec de la colle de peau et on faisait chauffer le tout sur un brasero (mejmar).
Quelques peintures sont à base de jaune d'oeuf, surtout celle qui sont destinées à décorer un fond ocre.
Les pinceaux sont confestionnés par les artisans eux- mêmes, en poils de queue d'âne (qadibt el hmar) une fois les peintures obtenues, le maallem applique ses poncifs sur la face à décorer et passe dessus un tampon de poudre colorée.
Chez les anciens, la face à peindre était revêtue de couleur rouge, la coloration moderne est plutôt aubergine ou marron.
Souvent, les surfaces sont recouvertes de waraqat es soundous, ou feuille d'or, qui n'est autre qu'une feuille d'étain enduite de résine (glaza) et de safran (cette préparation nécessite quinzine jours de cuisson).
Dans le tastir (motif géométrique ) le travail de Fès diffère quelque peu de celui pratiqué à Marrakech. A Fès, le qtib (ou trait géometrique) se compose de sept petits traits parallèles ou dominent le bleu, le jaune et le blanc, A Marrakech, ces qtibs ne comportent que trois paralléles dont la couleur principale est le jaune.
Une fois le travail fini, une simple couche de vernis à base d'huile de lin suffit pour protéger ces pimpants décors et donner une patine à leur fraicheur trop crue.

Des couleurs qui nous parlent

Seul le temps donne la belle patine. Au palais du sultan à Marrakech, quarante années noircissent déja l'étain doré. De chauds goudrons s'infusent dans les vernis et assombrissent les boiseries des kiosques historiés par des peintres morts il y a cent ans. Aux Saadiens, plus de trois siècles ont effeuillé presque toutes couleurs et les fonds seuls éclairent d'une lueur rouge l'ombre des voûtes.
Quelque années de plus, dans les logements d'étudiants de la médersa logements Ben youssef, ont suffi à tout obscucir et ce n'est plus qu'au coeur des touffes de palmettes sculptées, dans les nervues des feuilles, au creux des rainures des coquilles, sous les écailles des pommes de pin qu'un peu de vermillon poudreux rappelle qu'autrefois tapage de couleurs, sur le cèdre odorant, s'accordait au rire des jeunes gens.

Un travail de longue haleine

Les zawwaqa mettent des semaines, sinon des mois, pour réaliser chaque oeuvre importante. Ils travaillent selon leur inspiration du matin au soir en bons artisans qu'ils sont, chacun dans une position différente : Il y a ceux qui travaillent debout, d'autres, plus nombreux, dessinent assis et d'autres, étendus ou accoudés.
Comme les artisans du gebs (plâtre sculpté), les zawwaqa ont leurs chants corporatifs conservés et transmis de génération en génération.



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